lundi 26 janvier 2026

Faire semblant - Réflexions insignifiantes de Patrick...


    Lorsque nous étions enfants, je me souviens que nous jouions souvent à faire semblant: nous étions tour à tour cowboys, indiens, aventuriers… C’étaient là nos jeux, nos premières fictions, les images naïves d’un monde que nous inventions pour mieux nous y croire.


    Plus tard, la vie adulte a remplacé ces imaginaires par des formules convenues. Par exemple, cette phrase, si banale qu’on ne l’entend plus: «J’espère que tu vas bien». Elle s’échange machinalement, sans attente véritable, sans écoute sincère. Elle appartient à ce que les anglophones appellent le small talk, ce bavardage anodin qui sert à huiler la mécanique sociale. Et pourtant, cette phrase demeure essentielle, presque vitale.


    Car au fond, allons-nous vraiment bien? Nos existences, sous leur apparente normalité, vont-elles réellement bien? Cette question, d’une simplicité désarmante, touche à ce que nous avons de plus profond: notre manière d’être au monde, et d’y croire encore.


    Alors, je vais faire simple : non, je ne vais pas bien.


    D’ailleurs, comment pourrait-on aller bien dans ce monde ?


    J’ai peur de prononcer ces mots, non par honte, mais parce que je redoute la pitié qu’ils pourraient susciter. Je ne veux pas qu’on s’inquiète, ni qu’on se charge de mon fardeau. Le monde se noie déjà sous le poids de tant de douleurs, inutile d’y verser les miennes.


    Pourtant, je me sens glisser dans le néant de cette société. Depuis des mois, j’ai la sensation d’entrer dans une phase étrange de ma vie : celle du simulacre. Je fais semblant. J’accumule du semblant. Mais au fond, n’est-ce pas ce que nous faisons tous, depuis toujours ?


    Au début, ce n’est rien — un simple mensonge pour ne pas déranger, un masque de bonne tenue pour ne pas troubler les autres. Puis le semblant se multiplie : semblant d’aller bien, pour ne pas ajouter du malheur au malheur ; semblant de croire, pour maintenir la famille, la société, être en “démocratie”. Semblant de tenir debout.


    Et, peu à peu, tout devient semblant.


   Voici la vérité, nue et sans fard : non, je ne vais pas bien. Non, le monde ne va pas bien. Non, notre société ne va pas bien.


    Alors, jusqu’à quand allons-nous continuer à faire semblant ?

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