Nos sociétés ont perdu le sens. Elles ne savent plus tisser de récits capables d’insuffler un peu de poésie dans nos existences. Pourtant, l’Être humain demeure avant tout une fabrique de sens : pour agir, pour marcher, pour vivre, il lui faut attribuer une signification au monde qui l’entoure. Sans ce sens, pourquoi poursuivre l’aventure d’exister ? Que resterait-il de nous sinon des machines, des automates dociles obéissant à un programme anonyme ?
N’est-ce pas là, justement, ce que nous sommes devenus ? Une vaste comédie algorithmique, où chacun suit, sans même s’en rendre compte, la trajectoire prescrite par les gouvernements, les multinationales et les idéologies dominantes. Notre société s’est défaite de ses saveurs, de ses mythes fondateurs et de sa poésie. Qui donc pourrait s’émerveiller devant un complexe chimique crachant ses fumées nocives dans le ciel ? Quelle laideur ! Qui pourrait s’enflammer pour un déficit budgétaire ? Quelle mesquinerie politique ! Qui peut encore contempler sans effroi ces terres dévastées par la guerre ? Quelle ignominie ! Et qui, sinon les pervers, pourraient se réjouir devant les charniers, les plaies ouvertes par la répression ou les ombres des camps ?
Non, le sens s’est éteint dans nos sociétés. J’entends souvent que la vie n’en possède pas, qu’il appartient à chacun de le créer. Soit — mais n’est-ce pas là la rengaine du développement personnel, qui réduit tout à l’individu ? Or l’humain n’est pas une monade : il est un être de relation, un animal social. Et si la société n’est plus à la hauteur de l’humain, alors c’est elle qu’il faut transformer.
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