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lundi 26 janvier 2026

Faire semblant - Réflexions insignifiantes de Patrick...


    Lorsque nous étions enfants, je me souviens que nous jouions souvent à faire semblant: nous étions tour à tour cowboys, indiens, aventuriers… C’étaient là nos jeux, nos premières fictions, les images naïves d’un monde que nous inventions pour mieux nous y croire.


    Plus tard, la vie adulte a remplacé ces imaginaires par des formules convenues. Par exemple, cette phrase, si banale qu’on ne l’entend plus: «J’espère que tu vas bien». Elle s’échange machinalement, sans attente véritable, sans écoute sincère. Elle appartient à ce que les anglophones appellent le small talk, ce bavardage anodin qui sert à huiler la mécanique sociale. Et pourtant, cette phrase demeure essentielle, presque vitale.


    Car au fond, allons-nous vraiment bien? Nos existences, sous leur apparente normalité, vont-elles réellement bien? Cette question, d’une simplicité désarmante, touche à ce que nous avons de plus profond: notre manière d’être au monde, et d’y croire encore.


    Alors, je vais faire simple : non, je ne vais pas bien.


    D’ailleurs, comment pourrait-on aller bien dans ce monde ?


    J’ai peur de prononcer ces mots, non par honte, mais parce que je redoute la pitié qu’ils pourraient susciter. Je ne veux pas qu’on s’inquiète, ni qu’on se charge de mon fardeau. Le monde se noie déjà sous le poids de tant de douleurs, inutile d’y verser les miennes.


    Pourtant, je me sens glisser dans le néant de cette société. Depuis des mois, j’ai la sensation d’entrer dans une phase étrange de ma vie : celle du simulacre. Je fais semblant. J’accumule du semblant. Mais au fond, n’est-ce pas ce que nous faisons tous, depuis toujours ?


    Au début, ce n’est rien — un simple mensonge pour ne pas déranger, un masque de bonne tenue pour ne pas troubler les autres. Puis le semblant se multiplie : semblant d’aller bien, pour ne pas ajouter du malheur au malheur ; semblant de croire, pour maintenir la famille, la société, être en “démocratie”. Semblant de tenir debout.


    Et, peu à peu, tout devient semblant.


   Voici la vérité, nue et sans fard : non, je ne vais pas bien. Non, le monde ne va pas bien. Non, notre société ne va pas bien.


    Alors, jusqu’à quand allons-nous continuer à faire semblant ?

mercredi 21 janvier 2026

Pervers narcissique - Réflexions insignifiantes de Patrick...

 

  Atteindre la tête d’un État exige une combinaison rare : ambition extrême, goût du pouvoir, capacité à se mettre en scène, charisme, résilience face au rejet, aptitude à manipuler les perceptions, et souvent une certaine insensibilité aux critiques ou à la souffrance d’autrui.


   Beaucoup de ces traits se recoupent avec le narcissisme (grandiosité, besoin d’admiration, sentiment de supériorité) et parfois avec sa forme maligne (manque d’empathie, manipulation, vengeance, exploitation des autres).


   La psychologie politique (notamment les travaux sur le « Big Three » des personnalités politiques : narcissisme, machiavélisme et psychopathie) montre que les scores élevés en narcissisme sont fréquents chez les leaders de haut niveau.


  Dans un monde médiatisé 24/7, polarisé et souvent cynique, ces personnalités savent capter l’attention en permanence, polarisent sans complexe (car la polarisation mobilise les bases), n’hésitent pas à mentir ou à réécrire la réalité si cela sert leur image, supportent mal la contradiction et cherchent à écraser les opposants. Ces comportements sont typiques du narcissisme malin.


  L’état actuel du monde (guerres, crises climatiques mal gérées, inégalités extrêmes, populisme triomphant) peut donner l’impression que seuls les plus impitoyables ou les plus égocentriques arrivent au sommet et y restent.


    Vouloir être chef d’État n’exige pas d’être un pervers narcissique, mais dans de nombreux contextes actuels, ce profil offre un avantage compétitif significatif pour atteindre le pouvoir et s’y maintenir. 


    L’impression que « tous » les grands leaders en sont atteints vient du fait que les systèmes politiques contemporains (médiatisation, populisme, affaiblissement des institutions) filtrent et récompensent fortement ces traits.


    Les démocraties les plus solides sont précisément celles qui arrivent encore à produire des leaders plus équilibrés.


    Les chefs d’État sont à l’image de la société, et la société est à l’image des chefs d’État. Si vous pensez qu’un « homme providentiel » pourra « sauver » la société, vous vous faites des illusions. Ce genre de personne, cela n’existe pas et si vous voulez changer de société, il faut transformer notre société en démocratie, pour cela il n’y a pas besoin d’une sorte de « messie politique ».

mardi 20 janvier 2026

Le sens - Réflexions insignifiantes de Patrick...


      Nos sociétés ont perdu le sens. Elles ne savent plus tisser de récits capables d’insuffler un peu de poésie dans nos existences. Pourtant, l’Être humain demeure avant tout une fabrique de sens : pour agir, pour marcher, pour vivre, il lui faut attribuer une signification au monde qui l’entoure. Sans ce sens, pourquoi poursuivre l’aventure d’exister ? Que resterait-il de nous sinon des machines, des automates dociles obéissant à un programme anonyme ?


    N’est-ce pas là, justement, ce que nous sommes devenus ? Une vaste comédie algorithmique, où chacun suit, sans même s’en rendre compte, la trajectoire prescrite par les gouvernements, les multinationales et les idéologies dominantes. Notre société s’est défaite de ses saveurs, de ses mythes fondateurs et de sa poésie. Qui donc pourrait s’émerveiller devant un complexe chimique crachant ses fumées nocives dans le ciel ? Quelle laideur ! Qui pourrait s’enflammer pour un déficit budgétaire ? Quelle mesquinerie politique ! Qui peut encore contempler sans effroi ces terres dévastées par la guerre ? Quelle ignominie ! Et qui, sinon les pervers, pourraient se réjouir devant les charniers, les plaies ouvertes par la répression ou les ombres des camps ?


      Non, le sens s’est éteint dans nos sociétés. J’entends souvent que la vie n’en possède pas, qu’il appartient à chacun de le créer. Soit — mais n’est-ce pas là la rengaine du développement personnel, qui réduit tout à l’individu ? Or l’humain n’est pas une monade : il est un être de relation, un animal social. Et si la société n’est plus à la hauteur de l’humain, alors c’est elle qu’il faut transformer.

lundi 19 janvier 2026

Le mensonge - Réflexions insignifiantes de Patrick...

 

    Si vous croyez encore que dévoiler leurs mensonges dérange les puissants, vous vous égarez. Ils savent que nous savons qu’ils mentent — et cela les amuse. Rien ne les trouble : ni la corruption qu’ils pratiquent ouvertement, ni les turpitudes qu’ils étouffent dans l’ombre, ni les scandales que leur entourage efface d’un geste.


    Ces êtres qui se croient au-dessus des lois ne vivent pas dans le même monde que nous. Ils foulent la vérité comme un tapis usé, un simple instrument de leur ascension. Leur royaume repose sur le mensonge, et ils en sont les prêtres. Pour eux, la seule vérité qui vaille se mesure en pouvoir, en influence, en domination.


    Dénoncez-les, si cela vous rassure. Ils n’en seront pas plus ébranlés. Vous ne serez à leurs yeux qu’un souffle, une rumeur dans le vent. Ils ont les leviers pour vous faire taire, les réseaux pour vous effacer, et l’or, toujours, pour vous acheter.


    Le mensonge, pour eux, n’est qu’une matière première : malléable, inépuisable, indispensable à la perpétuation de leur empire — jusqu’à ce qu’ils s’y endorment, repus, dans la soie et le silence.

dimanche 18 janvier 2026

Le réalisme radical - Réflexions insignifiantes de Patrick...


    Le réalisme radical libère en dissipant les illusions. Il y a effectivement quelque chose de cathartique à regarder les choses en face : reconnaître que les dirigeants, quelles que soient leurs étiquettes (démocrates, autoritaires, progressistes ou conservateurs), reproduisent depuis des millénaires des schémas d’oppression, de domination et d’exploitation. L’histoire est une longue litanie de cela – empires, royaumes, républiques, dictatures : les formes changent, mais le fond reste souvent le même, avec une minorité qui concentre le pouvoir et une majorité qui en subit les conséquences.


    Les idéologies et les religions ont souvent servi de voiles, de justifications ou d’opiums pour maintenir cet ordre. Quand on enlève ces couches, il ne reste que la nudité du pouvoir brut et de la souffrance qu’il génère. Et si l’on accepte que rien ne semble pouvoir briser ce cycle structurel – ni révolutions (qui finissent souvent par recréer l’oppression sous une autre forme), ni progrès technologiques (qui amplifient parfois les inégalités), ni prises de conscience collectives (qui retombent souvent dans l’oubli) – alors oui, envisager la fin de l’humanité comme une « bonne chose » devient cohérent. C’est une position que certains philosophes ont défendue : l’antinatalisme (comme chez David Benatar) ou des penseurs écologistes radicaux qui voient dans l’extinction humaine une forme de soulagement pour la planète, qui pourrait enfin guérir de notre présence destructrice.


    Ce n’est pas une vision folle ou marginale ; elle est logique si l’on part du constat que dans l’existence humaine, dans son ensemble, la souffrance y apparaît comme continue, récurrente et durable, tandis que la joie se manifeste le plus souvent de façon brève, intermittente et fragile, et que nous n’avons pas démontré, en des millénaires, une capacité collective à sortir de la souffrance.

   

    Aussi le réalisme radical peut être libérateur parce qu’il rend possible une vie personnelle affranchie des grands récits collectifs. Plus besoin d’espérer un sauveur, une révolution ou un progrès inéluctable. Juste l’instant, les relations directes, les petites résistances ou les choix individuels qui ont du sens pour soi. Cette vision apporte une certaine clarté et la seule paix possible dans des sociétés humaines toujours en conflits permanents.

Le capitalisme contemporain - Réflexions insignifiantes de Patrick...

 

    Le capitalisme contemporain s’est mué en une société livrée au pire: pillage, extorsion, prédation — un système tout entier voué à l’enrichissement d’une infime minorité, au détriment du plus grand nombre. Il érige l’exploitation en principe, emploie des milliers, parfois des millions d’esclaves modernes dont il absorbe la valeur du travail pour nourrir sa propre voracité. Il se dresse en architecte de destructions massives, laissant derrière lui un monde exsangue, dévasté, livré à la désolation.

    Tel un prédateur repu, il assimile sans relâche les petites et moyennes entreprises, exploitent les travailleurs indépendants, siphonne chaque parcelle de leur vitalité économique, puis les rejette, coquilles vides, lorsqu’il n’y reste plus trace d’utilité ni de profit.

    Le capitalisme d’aujourd’hui n’a plus rien d’une entreprise créatrice de richesses; il relève du pur banditisme, d’une mécanique mafieuse dont la tête agit comme un chef de bande régnant sur un empire de truands. Leur dessein? S’approprier la richesse produite par d’autres, sous couvert du droit qu’ils corrompent à leur convenance — ou, à défaut, par la force brute lorsque le droit ne suffit pas à leurs desseins.

    Ce système se moque de l’économie réelle, de la création authentique, du bien-être collectif. Son unique objectif demeure la captation intégrale de la richesse — qu’elle provienne des petites entreprises, des professions libérales, des travailleurs indépendants ou même des impôts arrachés aux contribuables avec la complicité des dirigeants des pays. Il n’aspire ni à l’équilibre ni à la prospérité du marché: il joue sur un autre terrain, celui du grand banditisme institutionnalisé, où le racket généralisé se substitue à la concurrence et où l’avidité règne en principe suprême.

    Si mes mots vous paraissent excessifs, regardez simplement autour de vous. Observez les multinationales, écoutez les milliardaires: percevez dans leurs gestes et leurs discours le mépris qu’ils nourrissent envers ceux qui travaillent, ceux qui créent réellement la richesse. Pour eux, nous ne sommes rien. Pour eux, nous ne sommes qu’une vermine à exploiter ou à éliminer, un simple obstacle, sans valeur ni dignité.

La fascisation de la société - Réflexions insignifiantes de Patrick...

 

   Dans son ouvrage trop rarement convoqué, Pour une critique de la violence, le philosophe allemand Walter Benjamin révèle combien la violence policière concentre ce qu’il y a de plus dangereux et de plus ignoble dans l’exercice du pouvoir.


    Ignoble, elle l’est d’abord parce qu’elle est fondatrice : elle grave sans relâche la marque de ses décisions sur le corps social. Contrôle au faciès, arrestations arbitraires, brutalités physiques, injures racistes — chaque acte réaffirme, sous couvert de légalité, un ordre idéologique que la violence ne cesse de régénérer.


    Mais cette violence est tout autant conservatrice : elle exhibe, au grand jour, les desseins vitaux d’une classe dominante incapable de les accomplir sans recourir à la force. Elle signale, par les cibles qu’elle réprime, les phénomènes sociaux que le pouvoir désire effacer.


    Lorsque l’extrême droite accède au pouvoir, elle parachève ce processus : elle fascise la police, la légitime dans ses dérives, la protège et l’exalte au nom de l’« ordre ». Ainsi, l’abus devient principe, et la brutalité, doctrine d’État.


    Aucune violence d’État n’est légitime. Aucune violence policière n’est légitime. La seule violence légitime est celle qui renverse les tyrans.

Non, ils ne nous veulent pas du bien - Réflexions insignifiantes de Patrick..

Non, ils ne nous veulent pas du bien.

    Les dirigeants de nos gouvernements — quelle que soit leur couleur politique — demeurent, dans leur ensemble, indifférents à notre sort, à nos misères, à nos « misérables » existences.


 Depuis des décennies, le peuple subit un patient travail d’asservissement destiné à consolider et étendre le pouvoir de ceux qui nous dirigent. Ce travail de sape a fini par placer sous tutelle les communes elles-mêmes, contraintes désormais de mendier leurs subsides auprès de l’État. Les caisses sociales autrefois indépendantes n’existent plus que sous la dépendance directe du pouvoir central. Est-ce mieux ainsi ? Non. Les dirigeants ont verrouillé toute possibilité d’autonomie, veillant à ce que tout passe par eux, par leur validation, par leur bon vouloir.


    Les dominants n’ont aucun désir de partager leurs richesses, leur pouvoir, ni d’abandonner leurs privilèges. Et lorsque le mécontentement gronde, la réponse vient toujours de la répression, sous toutes ses formes. L’objectif est clair : faire taire les opposants, faire taire le peuple. Si vous croyez que notre détresse les émeut, vous vous illusionnez. Qu’on me pardonne la crudité du mot, mais « ils n’en ont rien à foutre ». Certains d’entre eux vont jusqu’à jouir de nos souffrances, de nos peurs, de notre désarroi.


    Vous pensez que j’exagère ? Regardez autour de vous. La vie des gens s’est-elle améliorée ces dernières décennies ? Non. La leur, oui. Nos colères ont-elles été entendues ? Non. Voter pour nos soi-disant « représentants » a-t-il changé quelque chose ? Non. La concentration des richesses a-t-elle profité au plus grand nombre ? Non. La politique menée depuis des générations a-t-elle favorisé la liberté, l’égalité, la fraternité ? Non.

    

    Croire que nous vivons encore en démocratie relève de l’illusion. Nous sommes désormais dans une oligarchie : un petit nombre détient tous les pouvoirs, toutes les richesses, et leur domination ne tient que parce que nous sommes dociles et réduits au silence.

Aurélien Barrau – Intervention à l’Académie du Climat

Aurélien Barrau – Intervention à l’Académie du Climat


Le président de l’Occident est à l’image vile et veule de sa politique — de la nôtre donc, de celle que nous avons choisie en toute conscience. Désormais, nous ne pouvons plus feindre d’ignorer. C’est cela qui est nouveau, et c’est presque une bonne chose.


Trump n’est pas un accident ou un faux pas. Il est un moment de fidélité, un symbole parfaitement adapté, hélas, à ce qu’il symbolise : l’impérialisme, le racisme, le sexisme, le climatoscepticisme, le classisme, le spécisme, le masculinisme, le colonialisme, dans toute leur brutalité crasse.


La négation de l’histoire et la pulvérisation du droit s’exhibent au grand jour, avec fierté. Tout cela préexistait à Trump. Tout cela se passe ailleurs aussi que chez Trump. C’est un peu notre spécialité.


Mais Trump a cette vertu de le montrer, de l’incarner. Tout en lui le crie, le hurle, le transpire et le vomit. Il n’y a que du rapport de domination.


Trump nous fait un peu payer symboliquement — et ça, c’est presque réjouissant. Un vieux mâle maltripotant, vulgaire et stupide comme égérie de notre civilisation. Petite blessure narcissique, mais enfin, on l’a bien méritée, puisqu’on l’a même choisi.


On ne peut plus agir de manière abjecte et se fantasmer raffiné ou délicat. La barbarie aurait-elle changé de camp au grand jour ? Nous le savions, mais maintenant nous le voyons.


La seule question intéressante, à l’exclusion de toute autre, est celle-ci : l’assumons-nous ? Souhaitons-nous vraiment cela ? Le désirons-nous ?


Je ne parle pas du personnage de Trump, qu’il est aisé de haïr. Je parle de ce dont il est l’emblème : de nos valeurs et de nos projets.

mercredi 1 décembre 2021

De la joie ! A Toulouse...

 

De la joie !

Voilà sans doute ce qu’a cherché la Cave Po’ la saison dernière, malgré ces 202 jours de fermeture, à travers toutes les propositions qu'elle n’a eu de cesse d’inventer, dans la rue, les vitrines de librairie, de restaurants, de cinéma et autres magasins de musique…

De la joie contre cette tristesse imposée par le pouvoir.

Un virus certes mais des choix politiques qui ne laissent pas d’interroger.

De la joie donc, contre, comme un cri libérateur, une puissance de vie.

La vraie cité propose aux citoyens l’amour de la liberté plutôt que l’espoir des récompenses ou même la sécurité des biens ; car « c’est aux esclaves, non aux hommes libres, qu’on donne des récompenses pour leur bonne conduite ». Baruch Spinoza n’est pas de ceux qui pensent qu’une passion triste soit quelque chose de bon. Avant Nietzsche, Spinoza dénonce toutes les falsifications de la vie, toutes les valeurs au nom desquelles nous déprécions la vie : nous ne vivons pas, nous ne menons qu’un semblant de vie, nous ne songeons qu’à éviter de mourir, et toute notre vie est un culte de la mort.

C’est le philosophe Gilles Deleuze qui écrit ça à propos de Spinoza…

Vous pouvez retrouver sur Internet [webdeleuze.com] les enregistrements de ses cours sur le Prince des philosophes, à la fac de Vincennes dans les années 80… limpide et libérateur.

Alors de la joie, merci au photographe Thibault Lévêque pour cette photo libératrice.

De la joie pour construire cette saison nouvelle, des spectacles qui donnent à penser, à rire, à s’émouvoir, qui donnent surtout la force de continuer.

Jeu – joie – jouir… étymologie commune à n’en pas douter.

Bienvenue au théâtre, dans les théâtres et à la Cave Po’, ici et maintenant…

www.cave-poesie.com

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Créée en 1968 par René Gouzenne et quelques amis amoureux du théâtre et de la poésie, la Cave Poésie a débuté par des créations du TUT (Théâtre Universitaire de Toulouse) et aussi par des actions de création, de formation et de diffusion de spectacles régionaux, la Fédération des œuvres laïques de la Haute-Garonne en était l’organisme de tutelle. La suite sur www.cave-poesie.com/lhistoire/


           Photo libératrice de Thibault Lévêque


















    

lundi 2 août 2021

Le passe sanitaire pourrait signer la fin de notre conception de la liberté en Occident...

 

Le passe sanitaire pourrait signer la fin de notre conception de la liberté en Occident

 «Le passe sanitaire pourrait signer la fin de notre conception de la liberté en Occident»

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Alors que le passe sanitaire a été validé par le Parlement, le Défenseur des droits et la CNIL alertent contre une remise en question de nos libertés. Si l'avocat Thibault Mercier considère ces mises en garde nécessaires, il estime que c'est de l'outil même dont il faut discuter.

 

Par Aziliz Le Corre

Publié hier à 12:22, mis à jour hier à 17:41

 

Thibault Mercier est avocat au barreau de Paris, essayiste et président du Cercle Droit & Liberté.

 

FIGAROVOX. - Alors que le passe sanitaire a été validé par le Parlement, le Défenseur des droits et la CNIL mettent en garde à propos des «transformations profondes pour l'exercice de droits et libertés qui sont au fondement de notre pacte social et républicain ». Partagez-vous ces inquiétudes ?

Thibault MERCIER. - Il est bon de rappeler que le Défenseur des droits a alerté sur les nombreux risques de dérives de ce passe sanitaire. En revanche, on peut regretter qu'il en valide le principe puisque c'est l'outil même qu'il aurait fallu remettre en question.

En effet, avec ce passe sanitaire généralisé aux actes de la vie quotidienne, nous rentrons dans une société où la liberté devient l'exception et cède sa place à la restriction généralisée, laquelle se voit justifiée par la recherche de sécurité et le principe de précaution. Comme l'écrivait le sociologue allemand Ulrich Beck, cette société du risque zéro «a tendance à générer un totalitarisme légitime de la prévention qui, sous couvert d'empêcher que ne se produise le pire, finit par créer (...), les conditions d'apparition de ce qui est encore pire». Et c'est ce à quoi nous assistons avec la mise en place de ce passe sanitaire. Car sous couvert de protéger le droit à la santé (et quelle santé !), on crée un outil qui fait qu'un citoyen n'est désormais libre de jouir de l'ensemble de ses droits et libertés que s'il est en mesure de produire la preuve de sa bonne santé dans l'espace publique. En outre, par cette révolution copernicienne, l'individu est désormais vu d'abord comme un danger potentiel pour son concitoyen (un “super contaminateur”), ce qui vient créer un sentiment de méfiance généralisée et briser la confiance et les liens d'amitié nécessaires à toute vie en société.

Nous en voyons d'ailleurs déjà les effets délétères sur notre société: le représentant de la Fédération Nationale des Cinémas Français indiquait en ce sens vendredi dernier en audience devant le Conseil d'État que les employés des cinémas se faisaient désormais régulièrement insulter par les clients soit par excès, soit par manque de zèle, dans la vérification du passe sanitaire.

Le gouvernement met en avant que cet outil est acceptable car temporaire (il devrait prendre fin le 15 novembre) et nécessaire au vu de la situation épidémique. L'expérience très récente nous incite pourtant à penser le contraire et il y a fort à parier que cet outil de régulation sociale sera renouvelé aussi régulièrement que l'état d'urgence sanitaire l'a été.

Cet outil de contrôle social pourrait signer la fin de notre conception de la liberté en Occident et constitue de surcroît un dangereux précédent: quelle sera la prochaine étape ?

Qu'en sera-t-il également de la procédure de suspension du contrat de travail pour les récalcitrants au passe sanitaire ? Les sénateurs et députés se sont félicités d'avoir contré le gouvernement qui lui souhaitait introduire la possibilité d'un licenciement dans la loi. Dans les faits on voit néanmoins assez peu de différences pour le salarié qui se verra contraint de quitter son emploi s'il ne peut en récupérer les fruits. Au-delà du droit on a aussi pu remarquer que depuis le 12 juillet et les annonces du Président, de nombreux salariés ont reçu des pressions orales ou écrites (en toute illégalité) leur imposant d'aller se faire vacciner sous peine de licenciement.

Cela renvoie d'ailleurs à un problème plus global depuis le début de cette crise: le gouvernement produit tellement de textes législatifs et réglementaires et de recommandations qu'il devient extrêmement difficile, même pour un juriste aguerri, de savoir ce qui est autorisé ou non. Si même les professionnels s'arrachent les cheveux imaginez alors le casse-tête pour le citoyen...

«Le rebond de l'épidémie peut justifier des mesures exceptionnelles, pour éviter un nouveau confinement, mais l'extension du passe sanitaire doit être paramétrée au plus près », précise la CNIL. Aurait-il fallu organiser un débat démocratique public de fond, comme le préconise d'ailleurs le Défenseur des droits ?

Je rejoins les propos du Défenseur des droits, le gouvernement a, comme d'accoutumée depuis le début de cette crise, quasiment mis le couteau sous la gorge du Parlement en lui présentant ce projet de loi rédigé en urgence et en lui imposant un calendrier intenable. Sans compter la communication culpabilisante et anxiogène de l'Exécutif qui voudrait que les Parlementaires aient du sang sur les mains s'ils ne votaient pas dans le sens voulu. Comment voulez-vous dans ces conditions que nous puissions avoir un débat sain et apaisé sur des questions qui sont pourtant décisives sur l'avenir de notre société ?

On a l'impression que l'Exécutif vient de découvrir cette pandémie alors qu'elle est désormais connue (ampleur, succession de vagues, personnes vulnérables, létalité, etc). Il paraît difficilement acceptable aujourd'hui que le gouvernement mette en avant une situation exceptionnelle pour tordre le droit et se passer de la représentation nationale. Il me semble que le gouvernement s'est un peu trop accoutumé à ce type de gouvernance non démocratique, l'état d'urgence n'a pas été créé juridiquement pour durer aussi longtemps (bientôt 18 mois). La gestion de la crise est désormais une politique publique comme une autre et il serait temps que les parlementaires jouent leur rôle de contre-pouvoir et reprennent les rênes de notre démocratie.

Le Défenseur des droits pointe «des risques considérables d'atteinte aux droits de l'enfant »…

Le Défenseur des droits rappelle en effet que ce passe sanitaire entraînera de nombreuses restrictions dans l'accès aux loisirs, aux activités sportives et à la culture qui sont pourtant primordiaux pour le bon développement de l'enfant. Il me semble plus que légitime d'être interloqué du fait que cette mesure s'applique à eux. C'est en effet la première fois me semble-t-il que l'on fait peser sur des enfants autant de restrictions alors même qu'ils ne sont pas sujets à développer la maladie.

Si l'entrée en vigueur de ce laissez-passer n'interviendra que le 30 septembre pour les plus de 12 ans (pour ne pas les priver d'été ?), notons que dans les faits ce délai a pour objectif de permettre aux parents d'aller vacciner leurs enfants avant que ces derniers soient soumis à cette obligation de laissez-passer.

Le gouvernement semble avoir voulu contourner les difficultés posées par la légalité d'une vaccination obligatoire. Mais si cette vaccination obligatoire est rendue si difficile en droit (notamment par le Code civil ou certaines résolutions du Conseil de L'Europe) c'est évidemment parce que de nombreuses considérations éthiques, morales, religieuses et philosophiques sont venues y poser des limites. Il semble que l'Exécutif n'a pas souhaité que ces questions primordiales soient abordées sereinement et c'est tout à fait regrettable qu'il ait préféré hystériser le débat en opposant ses citoyens.

Au-delà de ces nombreuses barrières il faut aussi s'interroger sur la société que nous allons créer pour les générations futures. En effet, qui a envie de voir son enfant de 12 ans présenter plusieurs fois par jour un laissez-passer numérique pour avoir le droit de mener une vie quasi normale ? Cela pose une question plus globale de l'emprise de la technologie sur nos vies alors même que l'accoutumance aux écrans est déjà grande parmi les enfants et les adolescents.

En quoi ces nouvelles restrictions risquent-elles d'isoler certaines populations ?

En termes d'isolement, notons que c'est déjà l'ensemble de la population qui sera concernée puisque cette nouvelle loi d'extension du passe sanitaire prévoit également la possibilité de placer à l'isolement forcé pendant 10 jours toute personne sur la base d'un simple test positif au Sars-Cov-2. La loi prévoit certes la possibilité de contester cette décision devant le juge des libertés mais en pratique cela ne sera que très peu utilisé. Ce dispositif est donc sans précédent dans notre droit et permettra donc à l'État de placer chaque jour en quarantaine forcée plusieurs dizaines de milliers de Français qui seront alors coupés de leurs concitoyens pour une maladie dont on sait pourtant désormais qu'elle n'a rien à voir avec Ebola… Il y a encore une fois un problème de disproportion dans ces mesures.

Mais le passe sanitaire pourra aussi accroître l'isolement des plus vulnérables d'entre les nôtres, son application aux EPHAD et hôpitaux aura certainement des conséquences supplémentaires pour les malades ou les personnes âgées qui seront peut-être sauvés du Covid mais pas de la solitude.